François Chaffin > résidences en territoire et fabriques d’écriture

14 janvier 2014

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Les résidences d’écriture : les habitants ont la parole !

Avant tout, se rencontrer ! La rencontre entre les habitants d’un territoire et un écrivain se réalise dans une réciprocité inventive qu’il faut travailler en intégrant à son exercice la résistance à tout ce qui nous délie de nos singularités et audaces, à la normalisation de nos aspirations intimes.
Au moins, parce que nous sommes conscients de notre monde sans être résignés, essaierons-nous, à travers une écriture de la métamorphose et de l’enchantement, de mêler le spectacle et le réel, le politique et la poétique, le plaisir et la contestation…

La résidence d’écriture peut prendre diverses formes : l’écrivain réside sur le territoire un temps déterminé ou bien se déplace épisodiquement sur site à la demande, il s’inscrit dans une démarche de présence libre ou organisée, il écrit à partir de ses sensations, ses rencontres, ses entretiens, ou bien anime des ateliers d’écriture qui lui fournissent une matière textuelle.
Toutes ces alternatives permettent aux habitants d’un territoire de s’exprimer, livrant une parole documentaire, sociologique et/ou poétique, qui sera retravaillé ensuite par l’auteur afin de former un dit sensible, le germe d’une œuvre dont il faut également déterminer le média (spectacle vivant, projection, exposition, édition, œuvre audio visuelle).
Dans un premier temps, l’auteur, seul (mais dans le cadre d’un travail de collecte de paroles, il est aussi possible qu’il soit accompagné par les résidents ou des membres de la compagnie), s’en ira à la rencontre des habitants du territoire (un quartier, une ville, une communauté de communes, une entreprise…) et collectera paroles et images, récits et témoignages, écrits provenant de consignes, humeurs et impressions.
À partir de cette matière glanée par un travail d’écoute active, l’auteur écrira un texte dont la forme devra répondre aux impératifs du projet de médiation retenu (théâtre, film, affichage, projection, déambulatoire), corpus littéraire empruntant à la source même des paroles des habitants. Il pourra s’agir d’un montage directement inspiré des textes rédigés par les habitants, ou d’une réécriture totale et singulière inspirée par les relations nouées entre le territoire et l’écrivain.
Ensuite viendra le temps de jouer, de faire spectacle de nos mots, et cette réalisation pourra incomber au Théâtre du Menteur ou devenir le projet des habitants, qu’ils soient ceux qui ont écrit ou non.

Quelques réalisations
Les projets notés * ont été édités (tous les détails sont en page bibliographie).

Auteurs de garde*, 2002, résidence d’écriture à l’hôpital de Bligny.
Les grandes bouches*, 2003, Urgence de la jeune parole, Théâtre de la Digue de Toulouse, (résidence d’auteur, spectacle).
Jack !*, 2006, résidence d’écriture à l’hôpital psychiatrique Esquirol de Limoges (lecture-spectacle).
Dust to dust, 2009, paroles de quartier à Bagneux (résidence d’auteur, atelier de dessin, lecture-spectacle).
Babel Saint-Michel, 2010, centre social du quartier des Roches de Saint-Michel-sur-Orge (entretiens, réécriture, spectacle déambulatoire).
◗ Atelier de collecte de paroles des centres sociaux de Dieppe, 2011 (entretiens, réécriture, photographies, exposition, livret).
Ni bleu ni blouse*, 2011, le monde ouvrier d’Oloron-Sainte-Marie (entretiens, résidence d’auteur, spectacle marionnettique).





Les fabriques d’écriture : de l’usage des mots comme d’un meccano

La Fabrique d’écriture est une invitation à l’écriture à l’échelle d’un territoire (un collectif de structures, un pays…) et de ses habitants. À partir d’une consigne incitative et stimulante, les textes sont adressés par mail et, après validation et relecture, publiés sur un site web créé pour l’occasion, proposant ainsi une production éclectique de laquelle émergera une œuvre collective issue de leur compilation.

Chaque écrivain propose un texte qui alimente pour partie une vaste fresque polygraphique, véritable meccano architecturé autour d’un grand nombre d’écrits, à la manière qu’ont les briques de former un mur.
Auteurs de toutes nationalités, écrivant en français (au sens d’une francophonie agissante, c’est-à-dire incluant les patois, argots, expressions dialectales, néologismes, particularismes, onomatopées, etc.), avec toute liberté au regard de la forme littéraire (dans les contraintes de la consigne et du nombre de signes).
Chaque participant peut adresser son projet, par courrier électronique ou texte dactylographié. Ensuite, tous les textes reçus sont mis en ligne sur un site Internet créé pour cette manifestation, et dans le même temps remis à une patrouille de lecture, groupe composé de 10 à 15 personnes, en charge de proposer une sélection des textes qu’ils apprécient le plus, dans leur intégralité ou non, qui formeront ensuite la matière du corpus textuel définitif.
Les critères de choix qui animent la patrouille, nécessairement subjectifs, sont étayés par l’impact émotionnel du texte retenu, son respect de la consigne, la richesse linguistique de la proposition, son inventivité (fond et forme), sans oublier sa potentialité orale.
La sélection est mise en avant sur le site web.
La mise en forme définitive des écrits incombe à l’auteur en scène, sous la forme d’une commande d’écriture, dans la perspective d’une mise en voix sur un plateau de théâtre, d’un film, d’une œuvre radiophonique ou d’une exposition.
Une édition papier est possible, complétant le site Internet et le spectacle.

Quelques réalisations
Ces projets ont été produits par le Théâtre du Menteur. Ceux notés * ont été édités (tous les détails sont en page bibliographie).

Le chant des brise-si*, 2003, Fabrique d’écriture de Palaiseau, site web et spectacle.
Prométhée, une fabrique d’écriture libre, 2011, web et Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, site web et spectacle.
Afin que les hommes se divertissent…, 2011-2012, web et Arpajonnais, site web et spectacle.

« Nous avons besoin de ce sol sur lequel tout homme se ressent et se reconnaît comme créature créatrice, agissant sur le monde. La formule “tout homme est un artiste”, qui a suscité beaucoup de colère et que l’on continue à mal comprendre, se réfère à la transformation du corps social. Tout homme peut et même doit prendre part à cette transformation pour que nous puissions la mener à bien aussi vite que possible. »
Joseph Beuys