Soleil levant, billet de retour

Déclinaison japonaise de l'affiche.

Coproduction du Théâtre Kaze (Japon) et du Théâtre du Menteur (France), Entretiens avec la mer [ Umitonotaiwa ] est un spectacle qui vient de se créer le 20 août à Tokyo.  Il sera présenté sous une autre forme (en français cette fois !) à La Ferme de Bel Ebat de Guyancourt (78) les 6 et 7 novembre prochain. Mais pour l’heure, mots et images de retour du Japon…

Découvrez un montage vidéo qui reprend des images de répétition et des photos de la création à Tokyo réalisées par les photographes du Théâtre Kaze, avec pour bande son un peu de la guitare de Benjamin Coursier et le texte ci-dessous dit par son auteur même…

Nous sommes restés 36 jours à Tokyo… Comme 36 lanternes qu’il fallait allumer chaque matin, travaillant jusqu’au soir pour les souffler l’une après l’autre et s’en aller vers demain, qui toujours nous rapprochait un peu plus de la création de Umitonotaiwa, le terme japonais pour signifier le titre du spectacle, Entretiens avec la mer.
Six Français venus se conjuguer à une quinzaine de Japonais issus de la troupe permanente du théâtre Kaze, dans ce beau bâtiment du quartier de Higashi Nakano, proche de Shinjuku, le centre des affaires de la capitale niponne.
J’ai mis en scène ce spectacle, avec la bienveillance complice d’Eraka Sayaka et la confiance d’Asano Yoshinari, le directeur du Kaze, dans cette constante hybridation de nos langages, de nos cultures, de nos expériences humaines et professionnelles, cherchant sans relâche les moyens de créer une œuvre commune, laissant à nos corps, nos voix, nos rythmes, nos mélodies, notre semblable façon de respirer, toutes libertés pour inventer et partager un même souffle de vie.

Nous n’avions que trois semaines et demie de répétitions, de onze heures à vingt heures, mais autant de “pastis time” pour conclure nos labeurs et nous retrouver chaque soir au bar du théâtre, le sourire en l’air, comme une bande qui se sentait jaillir ensemble, faire corps et cœur ensemble.

Trois semaines et demie de répétitions pour s’affranchir de nos habitudes et de nos pratiques, se reconnaître peu à peu au fond de nos jardins secrets et faire un même voyage des Entretiens avec la mer ; nous, les dix Japonais et les cinq Français, en quête d’unisson dans le débraillé de nos langues emmêlées.

Et puis, au bout de cette équipée, nous avons joué. Cinq représentations pour accueillir le public et sortir nos bêtes jusque dans l’escalier d’accès au plateau, pour tenter encore de secouer quelques ombres, pour montrer la peau, les dents, nos chaos intimes, à des spectateurs qui ne s’attendaient pas à cela.
À des spectateurs qui se sont demandé où étaient passés l’histoire, les personnages, les costumes, le quatrième mur, tout l’kit, qui se sont interrogés sur la forme et sur le fond, mais qui sont restés longtemps avec nous après le spectacle, qui ont parlé, qui sont revenus, qui ont écrit, qui ont aimé sans comprendre, compris sans se rassurer, applaudi en se posant des questions, en se perdant un peu avec nous qui nous tenions si proches, en acceptant le verre de bienvenue que nous leur offrions…

Cinq représentations et trois semaines et demie de répétitions nous ont fait aimer encore un peu plus ce théâtre que nous avons emprunté à nos existences, cet alliage Est-Ouest que nous avons forgé dans l’apprentissage d’une respiration synchrone, dans notre désir renouvelé de raconter ce qui a brûlé, ce qui brûle et brûlera longtemps au creux de nos vies.

 Arigato à tous ceux qui ont rendu cela possible, à Asano le directeur artistique du Kaze, à Sayaka pour m’avoir accompagné dans cette mise en scène, à tous les membres de la troupe, aux Menteurs qui ont fait le voyage, à l’Institut Français de Tokyo et aux partenaires japonais… et au tayo qui était du voyage !

François Chaffin, auteur en scène de Entretiens avec la mer.

Photo de plateau
Une photo de la création à Tokyo © Théâtre Kaze

En savoir plus sur Entretiens avec la mer : page du spectacle…